Mon accouchement



Voilà 6 mois (et quelques jours) que j'ai accouché de Lenny. 6 mois de digestion de ce moment chargé en émotions/nostalgie/tristesse etc... Je trouve que c'est important de partager cette aventure car elle est différente pour chacune des femmes mais aussi un moyen de se soutenir et de voir que certains événements ne sont pas isolés. Dans cet article, je vous décrirais ce que j'ai vécu, les sentiments qui m'ont animées, les problèmes que j'ai pu rencontrer. Je n'ai pas envie de me censurer, alors si vous n'avez pas envie de connaître la suite, ne la lisez pas hihi ! Pour ma part, avant d'accoucher et même d'être enceinte, j'étais totalement terrifiée par cette étape qui s'était avéré être une phobie. Maintenant que je l'ai vécue, j'en suis contente et j'ai réussi à en faire un souvenir heureux, qui me donne même envie de renouveler l'expérience. On y va ?
 
Vendredi 7 avril 2017
J'ai rendez-vous à la maternité pour un dernier contrôle avant le terme (21.04.17). Deux semaines auparavant, j'avais déjà fait un check-up à la maternité, où le médecin m'avait dit qu'ils me provoqueraient durant le week-end du 8-9 avril sachant que le poids du bébé serait de 4kg environ. Je rencontre alors une nouvelle équipe médicale qui m'ausculte. L'assistante gynécologue me dit à la suite de l'échographie, que le poids à l'air tout à fait normal et qu'il n'est pas nécessaire de me provoquer. Je suis alors renvoyée chez moi à attendre le terme. Là, tout se bouscule dans ma tête car j'avais fait le chemin psychologiquement pour être provoquée puisque ça faisait depuis le 6ème-7ème mois de grossesse que cette décision avait été prise par mon médecin. Je décide alors d'appeler mon gynécologue traitant (il ne pouvait pas m'accoucher car il travaille uniquement en privé et je souhaitais accoucher à l'hôpital d'Yverdon) et lui raconte ce qui s'est dit lors de ma dernière visite à la maternité. Lui non plus ne comprend pas qu'on me renvoie chez moi à attendre, il dit clairement que cela pourrait être dangereux pour moi et le bébé d'attendre plus longtemps (j'étais à 38 semaines). Après notre téléphone, il appelle la maternité, puis la médecin cheffe me rappelle et nous fixons d'un nouveau rendez-vous de contrôle pour le lundi 10 avril. Je passe le week-end chez moi à faire les vitres et tout plein d'autres choses dans l'espoir de provoquer le travail AHAH !
 
Lundi 10 avril 2017
9h00 du matin, je file à la maternité pour rencontrer la gynécologue en chef. Elle m'ausculte et me dit qu'effectivement le bébé s'annonce avec un poids supérieur à la normale. Intérieurement, je me dis que OK les machines d'examen sont différentes et par conséquent les mesures sont différentes mais à ce point pour donner des diagnostics totalement opposés ?! La gynécologue m'explique alors qu'ils vont m'hospitaliser en fin de journée ainsi que le processus de provocation. J'entre à la maternité le soir même à 20h00. J'ai la chance d'être dans une chambre seule. Lors d'un accouchement provoqué, le corps médical peut administrer jusqu'à 5 ovules (par voie vaginale) à la patiente. Si le travail n'a pas commencé au-delà de ces 5 prises, la patiente est alors renvoyée chez elle ou dans certains cas, il est possible de déclencher par intraveineuse. Première ovule et monitoring à 23h00, je peux enfin m'endormir tranquillement malgré quelques petites douleurs (tout à fait supportables).
 
Mardi 11 avril 2017
Il est 6h30 quand la sage femme vient me réveiller pour une nouvelle ovule. Le temps passe lentement mais je suis sereine et je vis le moment avec méditation. Ma sœur et ma maman sont bien sûr présentes et passent me voir dès qu'elles le peuvent. Mon copain vient me rendre visite quand il ne travaille pas. Vient le soir et la nouvelle prise d'ovule (j'avais pris la 3ème dans l'après-midi). On me dit que le lendemain matin sera ma dernière prise de médicament et que si le travail n'a pas commencé, je devrais rentrer chez moi. Une sage-femme vient par la suite me parler de mon projet de naissance (que je vous listerais plus bas). Un des points est que je ne souhaite pas d'épisiotomie, sachant que cette pratique est exercée beaucoup trop et sans raison/nécessité la plupart du temps, si la santé de mon bébé n'est pas en danger. La sage-femme me dit clairement que ce n'est pas moi qui choisit, que si je campe sur ma position elle ne m'accouchera pas. J'ai trouvé ce moment violent et irrespectueux. Il s'agit de mon corps et de mon accouchement, elle n'a pas le droit de décider pour moi.

Mercredi 12 avril 2017
Je me réveille pour un nouveau monitoring (la sage femme place des petits capteurs sur le ventre pour entendre le rythme cardiaque du bébé et les contractions) et on m'annonce que j'ai suffisamment de contractions pour rester pour la suite. Je suis soulagée et pars prendre ma douche. Ce moment est assez drôle car en sortant de la douche, je me demande comment je vais m'habiller et cela me pose vraiment problème AHAH! Je reste en sous vêtement le temps de me faire un petit soin du visage puis les femmes de ménage arrivent pour changer mes draps. Je me lève et là, je perds les eaux. Je leur demande d'appeler quelqu'un mais elles me disent que j'ai certainement fait pipi... La sage femme arrive et constate effectivement que j'ai perdu les eaux et me conseille de me passer sous l'eau rapidement. Ce qu'on ne nous dit pas, c'est que quand on perd les eaux (ce qui n'est pas tout le temps le cas) le liquide coule - en gros - jusqu'à l'accouchement. Une fois dans la douche, je remarque dans le liquide amniotique qui s'écoule, des petits bouts noirs/verts. Je commence à paniquer et me dis que je dois avoir une infection. J'appelle à nouveau la sage femme qui m'explique que mon bébé a certainement eu peur et a fait son premier caca qui s'appelle le méconium et qui est très noir. Mon copain arrive un peu avant midi et m'accompagne dans la gestion des contractions. Je suis assez détendue et arrive à les gérer facilement en maximisant ma concentration sur ma respiration. Ce n'est pas comme dans les films, où les contractions sont insupportables. Je peux même dormir entre les contractions ce qui m'aide beaucoup. Puis vers 22h50, je sens que cela devient plus douloureux mais je tiens bon. 23h20, je n'en peux plus, je n'arrive plus du tout à maitriser ma respiration tellement les contractions sont fortes. Je ne vois plus mon ventre inspirer/expirer (ce qui est un bon repère visuel) et j'ai l'envie absolue de pousser. Mais on est seuls, le service est plein à craquer et 4 femmes sont déjà en train d'accoucher, alors les sages-femmes ne sont pas vers nous. Mon copain décide d'appeler quelqu'un car il voit bien que je n'y arrive plus seule. Le personnel arrive et m'examine. On me dit que j'ai très mal car j'ai dilaté en très peu de temps de beaucoup de centimètres et que c'est le moment d'aller en salle d'accouchement. Ils veulent que j'y aille à pied, pour moi c'est mission impossible AHAH et on me met sur une chaise roulante heureusement. J'avais demandé la péridurale et je l'ai eue une fois en salle d'accouchement. Mon anesthésiste était très bien, avec une bonne communication et a posé sans problème la péridurale. Et là, j'ai plané ! Enfin plus de douleurs, j'ai dosé le produit pour que je sente encore les sensations et pour ne pas ralentir le travail mais j'étais tellement bien ! C'était pour moi une sensation incroyable, n'ayant jamais pris de drogue, j'ai trouvé ça épatant et planant ! Et là, on attend que je dilate à 10cm sachant que j'étais à 8cm. C'est assez long, surtout pour le père à qui on n'a pas dit de prendre une couverture ou un coussin et il fait plutôt froid dans cette salle. Ce qu'on ne nous dit pas non plus, c'est qu'une fois à 10cm, il faut encore attendre 2 heures environ pour que le bébé s'engage correctement. C'est SUPER SUPER long !
 
Jeudi 13 avril 2017
Aux alentours de 5h20, ma sage-femme me réveille, me donne un peu à boire. Je me rappelle que ce thé froid était délicieux ! Elle me dit que le travail va commencer tout doucement, qu'il est l'heure de pousser. J'ai totalement confiance en elle, qui est venue vers moi pour parler de mon projet de naissance qu'elle avait pris le temps de lire et qu'elle trouvait bien. Elle m'explique qu'à chaque contraction il va falloir pousser 3 fois en tout. Elle me met en position et ça y est, ça commence. Une première contraction, je pousse, respiration, je pousse, respiration, je pousse. Pause. Ca recommence. Pause. A ce moment, je me sens partir, je sens que je n'ai plus de force et qu'il me manque de l'oxygène, je leur dis. Je vois leurs regards inquiets, ils me disent tous que ce n'est pas le moment. Je pousse alors encore une dernière fois après avoir visualiser mon bébé sortir de mon corps. Lenny est né à 5h44 (3.240kg, je rigole et me dis que la médecine n'est pas si exacte que ça et n'a pas la Sainte Vérité Absolue). Quelle joie ! Mais il ne pleure pas et est un petit peu violet. J'ai tout de suite peur mais on me rassure et me le pose sur moi. Quel bonheur inexplicable de sentir son poids et sa chaleur contre moi. Il est si petit. Il ne pleure toujours pas, même quand l'infirmière l'emmène pour les premiers soins. J'ai très peur et on m'explique qu'il était coincé, avec le cordon ombilical autour de la gorge et sous le bras. Puis on me le ramène et je vois qu'il bouge et qu'il va bien. J'ai apprécié que les soins se passent dans la même pièce que moi et pas à l'autre bout de la maternité comme dans BabyBoom. Son père lui a ensuite donné le bain, une petite trempette dans de l'eau chaude et on me l'a redonné pour le mettre au sein. La sage-femme m'annonce qu'elle n'a pas eu besoin de faire d'épisiotomie, je suis soulagée et contente, mais qu'il y a une légère déchirure très superficielle qu'il est nécessaire de suturer. Mais avant ça, il faut faire sortir tout le placenta et ça c'est douloureux. Le personnel médical appuie fortement sur le ventre. J'ai appris par la suite que normalement cette pratique ne doit pas se faire... Tout ça prend beaucoup de temps, et au moment de pouvoir retourner dans la chambre, on me reprend déjà Lenny pour lui faire les examens des 2 heures post naissance. J'ai trouvé très dur à ce moment de me retrouver seule dans ma chambre à nouveau (le papa était rentré à la maison après cette longue nuit). Cette expérience m'aura prouvée qu'on peut se surpasser. Accoucher, c'était une de mes plus grande peur. Je sais qu'aujourd'hui, si j'ai un autre enfant, je serais capable et j'aurais envie de le sortir moi-même. L'accouchement, c'est le moment que j'ai préféré dans toute cette aventure :)
 
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J'ai passé 3 jours à la maternité. 3 jours où c'était très difficile de se reposer, entre les visites et les visites incessantes (en dehors des horaires) de ma voisine. Je n'ai pas vu le soleil car ma voisine ne voulait pas ouvrir le rideau entre nous. Si c'était à refaire, je prendrais une chambre privée. L'autre partie difficile, c'est qu'avant chaque tétée, je devais prévenir les sages-femmes qui venaient prendre Lenny pour lui faire des examens à répétition, dû à sa condition à la naissance. A ce jour je n'ai toujours pas compris ce qu'ils lui avaient fait exactement car leurs explications n'étaient jamais les mêmes. Puis un soir, on me l'a ramené 1h30 après. Tout ça sans nouvelle, c'était très dur. Je leur ai demandé de ne plus le prendre et à partir de ce moment, c'est allé un peu mieux.
 
Ce qui m'a frappé après l'accouchement, c'est ce vide que l'on ressent physiquement dans notre ventre. Une sensation très difficile à expliquer, dans les faits et émotionnellement. Dimanche, l'heure du départ a sonné. Dans ma chambre d'hôpital, je suis heureuse et sereine de rentrer chez moi. Je me réjouis de cette nouvelle vie. Mais cette hospitalisation, c'est un peu comme un entre-deux, que je n'avais pas vraiment intégré. En passant les portes de sortie, je laissais derrière moi ma "vie" d'avant mais surtout ma grossesse. Cette grossesse qui avait été difficile à vivre et qui était passée si vite au final. Cette condition, que je ne m'étais pas préparée à laisser. Je lui ai dit au revoir dans les larmes, précipitamment dans ce tourniquet. Merci la vie de me faire vivre tant d'émotions et d'aventures <3
 
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Mon projet de naissance
 
Ne pas pratiquer d'épisiotomie sauf si détresse du bébé
Je ne souhaite pas prendre mon bébé pour le faire sortir
Ne pas me donner le bébé plein de sang, l'essuyer avec un petit chiffon
(je suis méga phobique de ce moment, avec tout le mucus/sang etc...)
Laver mon bébé juste avec de l'eau
Présence du père
Playlist musicale (au final je n'en voulais plus car le silence me permettait de me concentrer au maximum)
Me communiquer le plus possible les gestes médicaux et décisions médicales
Je souhaite accoucher sous péridurale
 
Ce qu'il faut retenir de la prise en charge médicale:
 
Vous êtes maître de votre corps, c'est VOUS qui DECIDEZ !
Vous avez également le droit de changer d'avis
Vous pouvez demander à ce que le personnel médical arrête de prendre votre enfant
sans raison / de lui faire des examens inutiles
Vous pouvez confier votre bébé aux sages-femmes si vous n'en pouvez plus. Ce nouveau rôle de maman, c'est difficile et compliqué. N'en ayez pas honte.
 
On nous dit ce qu'il faut mettre dans notre sac d'hôpital, mais on dit très rarement au papa ce dont il aura besoin. Il ne faut pas oublier que ce moment est aussi son moment. Par exemple:
 
Un petit en-cas
De l'eau, beaucoup d'eau.
Une couverture
Un coussin
Des chaussures confortables

Je souhaite remercier mon homme, qui a été d'une aide incroyable et qui m'a assisté comme un chef lors de l'accouchement, à Maud ma sage-femme en or, ma maman pour son regard d'amour, ma sœur parce que c'est mon tout, mon papa pour sa tendresse et toutes les autres personnes qui sont venues accueillir Lenny dans notre monde. <3

Commentaires

  1. J'aurais tellement de choses à dire ! :)
    Déjà, bravo d'avoir mis au monde ton p'tit bout !
    Je suis justement en train de rédiger mon projet de naissance, alors ça tombe bien. J'ai pu rajouter que je souhaitais qu'on m'explique les gestes médicaux, merci !

    Mais sinon, je trouve assez fou les différences entre les soignants. Certains disent ça, d'autres disent autre chose et les pratiques sont pas les mêmes... Et je trouve hallucinant qu'ils t'aient pris Lenny si souvent ! J'espère que pour nous, ce ne sera pas le cas...

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    1. Coucou Jade :) Merci d'avoir pris le temps de me lire et de réagir ! Je trouve qu'en Suisse, le projet de naissance n'est pas assez mis en avant comme possibilité pour la future mère (et même le père). Ca devrait l'être plus car ça favorise la communication entre la maternité et la patiente.

      Je pense que si j'ai un deuxième enfant, je saurais réagir plus rapidement et mieux m'affirmer pour qu'on ne me prenne pas mon enfant. Mais c'est jamais facile puisque tu te dis que les médecins savent ce qu'ils font (mais non, puisqu'ils m'ont avoué qu'ils ne savaient pas pourquoi ils l'avaient fait ahah). Gros bisous

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  2. Super article moi aussi j'ai peur de ça ! C'était très émouvant en tout cas et je te souhaite beaucoup de bonheur ♥️

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    1. Coucou Razou, merci pour ton commentaire. Je suis sûre que tu trouveras la force quand ça sera le moment <3

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  4. Bravo pour ton joli récit de naissance. Et bravo pour cet accouchement. Cela a beau être un truc vieux comme le monde, c'est quand même une sacrée épreuve qu'on traverse!
    Je trouve important d'en parler ou de le mettre par écrit, car un accouchement est quelque chose de marquant, voir parfois traumatisant. Le raconter c'est un peu tourner la page.
    Ici je n'ai pas encore réussi à mettre ça par écrit. Il m'a fallu du temps pour digérer mon premier accouchement (une césa en urgences). En fait, je crois que c'est lors de mon deuxième accouchement (encore une césa en urgences...) que j'ai réussi à accepter le premier...
    Profite de ces moments avec ton petit Lenny! Ils grandissent trop vite!
    Emilie - Mamandeteste.com

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    1. Coucou Emilie, merci pour ton message :) C'est jamais facile à digérer, même quand ça peut se passer très bien. Je pense qu'il est important d'en parler, ça aide à accepter ce moment. Personnellement je n'étais pas bien après, j'avais pensé aller voir un psy mais j'en ai parlé à plusieurs personnes, raconté ce que j'avais vécu et quels sentiments/émotions m'avaient traversés et ça s'est fait naturellement. Profite aussi des tiens :) gros bisous

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